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Sidi Mohamed ben Abdallah
Ben Rachid Ben Mehdi

Par certains côtés la vie de sidi Mohamed ben Abdallah ben Rachid ben Mehdi qui est né avec le 20ème siècle, apparaît quelque peu atypique, dense et diverse, réunissant dans un même processus vital, l’amour de l’aventure, la rigueur et l’audace, la piété et le sens de la famille.

Après des études coraniques traditionnelles, incontournables à son époque, et vers l’âge de 16 ans, il fut pris par le désir de voir le monde. Au lieu d’accepter l’association au commerce que lui destinait son père, il préféra dans cette période particulièrement trouble caractérisée par l’établissement du Protectorat français au Maroc en 1912 et les rivalités opposant les impérialismes européens, quitter sa ville natale pour Casablanca qui commençait à devenir un centre de concentration des français fraîchement arrivés au Maroc. Il prit alors l’initiative de se porter volontaire pour participer au sein des troupes françaises à la première guerre mondiale. Il fut ainsi transféré en France où il prit part aux combats qui opposaient ce pays et ses alliés à l’Allemagne soutenue par d’autres puissances. On ne sait pas dans quelle partie de la France, il fut affecté ni à quelle catégorie de troupes il appartint. Ce qu’on sait par contre, grâce aux témoignages de ses proches et aux très rares confidences qu’il fit, c’est qu’il resta suffisamment de temps en France pour se marier à une française et eut deux enfants. Il finit cependant par céder à la nostalgie du pays. Déjà en pleine guerre, il commençait à envoyer des lettres à ses parents qui étaient restés pendant des années sans nouvelles de lui. Il décida donc de revenir au Maroc. Que s’était il passé entre temps ?

La ville où résidait sa femme aurait été bombardée et il aurait perdu des traces de ses proches. Plus tard, beaucoup plus tard, après sa mort, on découvrit dans sa boutique dans un emplacement où lui seul avait l’accès, la photo de deux bébés qu’il conservait comme souvenir et qu’il ne manquait certainement pas de regarder de temps en temps. C’étaient les siens, ceux qu’ils avaient eu en France. Que sont-ils devenus? Les hypothèses divergent. L’une d’elle qui a été envisagée par notre cousin, le grand historien Sidi Mohamed Menouni, mais qu’il n’a pas eu le temps de vérifier est celle-ci : la famille française des Mannoni à laquelle appartiennent notamment les psychanalystes français Claude et Maude Mannoni, serait la branche créée en France par Sidi Mohamed Ben Abdallah.

Le retour de France ouvrit pour lui une nouvelle phase tout à fait différente. Il se remaria, d’abord avec sa cousine Lala Zhor, ensuite, après la mort de celle-ci, avec Lala Hlima Lamrani. Sur le plan professionnel, il s’associa au commerce de son père à souk laghzal de Meknès qui était un carrefour commercial important ouvert aux gens de la ville et à ceux de la périphérie, notamment aux membres de la tribu berbère de Guerrouane. Il s’occupa en particulier de la location et de la gestion des terres situées sur le territoire de cette tribu, terres héritées par son père et plus tard par ses frères et sœurs et qui font partie de la donation que fit par dahir un sultan mérinide à notre ancêtre sidi Ali Mennoune, donation reconduite et déplacée par le grand sultan alouite Moulay Ismaïl. Dans cette gestion et dans son commerce il fit preuve d’une grande rigueur et de beaucoup de dynamisme.

Un autre trait de son caractère est la piété. Homme d’une foi inébranlable, il ne se contenta pas d’observer d’une manière méticuleuse les cinq prières, mais fit partie de la confrérie Tijania qui s’était donné pour vocation et fonction de célébrer dans la méditation et la prière les grandes dates de l’histoire de l’Islam.

Il fut enfin par son sens de la réalité et son activité débordante un fédérateur dans la famille, connu par sa fermeté et son sens de la justice. Il mourut en 1968, Que Dieu ait son âme.

Il laissa derrière lui le souvenir d’un homme doté d’une forte personnalité. Ses enfants vivent à l’heure actuelle en partie au Maroc et en partie en France, en particulier à Toulon. Il s’agit de Moulay Abdallah, de Zhor, de Kebir, de sidi Mohamed, de Abdelilah, de Oum Kaltoum et de Jaâfar.

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